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International Relations, PUBLICATIONS

Les armes chimiques en Syrie

Les mises en garde du régime syrien contre toute utilisation des armes chimiques se multiplient tant de la part de Washington que des capitales européennes, alors que les dirigeants chinois et russes dénoncent la recherche d’un prétexte pour une intervention militaire. Au-delà de ces déclarations, les récents mouvements des stocks d’armes chimiques à l’intérieur de la Syrie, ainsi que des tirs-tests d’obus destinés à porter des charges chimiques, attisent l’inquiétude quant au devenir des Armes des Destruction Massive (ADM) détenues par le régime syrien.

Contexte

Chemical weapon

Copyright Pavel Gorevsky. Used under licence
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Fin juillet, le ministère syrien des affaires étrangères a déclaré que son pays allait utiliser ses armes chimiques uniquement contre une éventuelle intervention étrangère, confirmant ainsi l’existence des ADM en Syrie, pourtant bien connue des services de renseignements occidentaux.

Le pays est l’un des rares états n’ayant pas signé la Convention sur l’interdiction des armes chimiques. Cet instrument prévoit, au-delà de l’interdiction d’utilisation, prévue par la Convention de Genève (dont la Syrie est Etat partie), la vérification internationale des destructions des stocks.

Le régime syrien utilise un argument stratégique pour justifier son refus d’adhérer à la convention: tant qu’Israël ne renonce pas à ses supposées armes nucléaires, la Syrie doit laisser ouverte l’option chimique.

En effet, c’est pour atteindre la parité stratégique avec Israël que la Syrie, humiliée par les défaites consécutives face à l’Etat hébreu, s’est lancée à partir des années 80 dans d’importants investissements militaires, notamment dans le domaine des ADM. La destruction par la frappe aérienne israélienne du réacteur nucléaire du Al-Kibar en 2007 a mis frein aux aspirations nucléaires du régime syrien, mais rien de comparable n’a été entrepris pour contrecarrer le développement des autres types de ADM.

Les armes chimiques en présence

La Syrie est réputée posséder des armes chimiques, dont l’extrême dangerosité et la quantité (exprimée en centaines de tonnes) poussent certains à la désigner comme “superpuissance chimique”. On parle d’au moins trois types d’armements chimiques:

  • Le gaz “moutarde”, utilisé déjà pendant la Première Guerre mondiale, produit des graves brûlures de la peau et des lésions des poumons, pouvant conduire au cancer.
  • Le sarin, un neurotoxique puissant, inodore tant à l’état liquide que gazeux, est particulièrement virulent et provoque à dose létale, l’asphyxie.
  • Le gaz “VX”, le plus puissant neurotoxique qui existe actuellement, est encore dix fois plus mortel que le sarin.

Selon les estimations, il existe en Syrie entre 20 et 50 sites sur lesquels peuvent se trouver des armes chimiques et leurs précurseurs. Une partie de ces sites, construits avec l’expertise russe et nord-coréenne, est extrêmement difficile à détecter par voie aérienne.

Les agents chimiques peuvent être chargés dans les bombes aériennes, les obus ainsi que dans les missiles balistiques. La Syrie dispose tant d’une force aérienne conséquente et de défenses aériennes efficaces, que d’un stock de missiles balistiques, le plus important au Moyen-Orient. Ces missiles sont capables de transporter des charges conventionnelle ou non-conventionnelle à une portée allant jusqu’à 600 km.

L’ensemble de cet arsenal a été développé grâce à des importations, surtout de la Corée du Nord et de la Russie, et à la production domestique, qui s’est développée en coopération avec la Chine, la Corée du Nord et très probablement l’Iran.

En plus des armes chimiques, on suspecte la Syrie d’avoir un programme de développement d’armes biologiques, sans disposer de précisions à ce sujet. Il est également possible que des matériaux radioactifs, résidus du programme nucléaire syrien, soient aussi présents, avec le risque de prolifération que cela implique.

Risques et solutions

On avance le plus fréquemment trois scénarios quant au devenir des ADM chimiques syriennes:

  • Dans le cas, jugé peu probable, où Assad réussit à se maintenir au pouvoir et où une transition est négociée, les armes restent dans leurs lieux de stockage.
  • Les armes sont utilisées contre la population syrienne ou contre Israël, dans le cas où le régime tente en dernier sursaut d’embraser la région et de détourner ainsi l’attention des problèmes internes.
  • Dans le cas d’une guerre civile sur la majorité du territoire, telle qu’elle se profile actuellement, les armes entrent en possession des rebelles et/ou des groupes tels que Hamas, Hezbollah ou Al-Qaïda.

Selon plusieurs commentateurs, c’est ce dernier scénario qui est le plus probable. La vulnérabilité des bases militaires syriennes a été mise en exergue en juin 2012, quand les rebelles se sont  emparés de la base de Al-Ghantou, reprise par la suite.

Les mesures envisagées par les acteurs internationaux, notamment au sein des instances américaines, visent, d’une part, la prévention de la prolifération des ADM syriennes et, d’autre part, la sécurisation de ces armes au cas où elles tomberaient dans les mains de groupes armés ou terroristes.

En ce qui concerne les mesures préventives, on préconise surtout d’établir des contacts avec des éléments de l’armée syrienne responsables de la garde d’ADM pour les informer des sanctions en cas de perte de contrôle de ces armes et/ou de récompenses  dans le cas où l’armée arriverait à les sécuriser malgré l’instabilité. On préconise également de négocier un accord avec les rebelles pour qu’ils laissent en place la surveillance et ne s’attaquent pas aux lieux de stockage des ADM. Malheureusement, les structures de commandement rebelles restent chaotiques, ce qui rendrait la mise en oeuvre d’un tel accord difficile sur le terrain. De même, il est extrêmement difficile de prévoir la réaction des gardiens des dépôts d’armes, qui peut aller d’abandon pur et simple des postes, en cas de chute de régime, au changement de camp ou encore, à une vente au plus donnant.

Dans le cas où la prolifération aurait eu lieu, des plans de contingence sont en développement avec la collaboration de la Turquie, la Jordanie et d’autres pays de la région. Dans ce cas, une coopération entre les services de renseignements est cruciale pour permettre la mise en place d’opérations ponctuelle de forces spéciales des états concernés, avec l’aide des alliés occidentaux, les Américains le plus probablement.

En ce qui concerne une éventuelle intervention internationale à l’intérieur de la Syrie, on estime à 75 000 hommes la force militaire nécessaire pour sécuriser sur le terrain les dépôts des armes chimiques. Mais l’option semble peu viable, notamment car elle risque de provoquer une réaction négative tant de la part du (reste) du régime que des forces d’opposition. L’option d’une attaque aérienne est difficilement envisageable vu les dommages collatéraux tels que pertes civile et relâche d’agents chimiques dans l’environnement.

Un des enjeux majeurs de la transition syrienne, alors que se profile à l’horizon la chute du régime, serait d’encourager le nouveau pouvoir, par les moyens politique et économiques, à renoncer aux ADM chimiques en adhérant à la Convention sur l’interdiction des armes chimiques. Notons que l’UE a déjà tenté, sans succès, de persuader la Syrie de renoncer aux ADM dans le cadre des négociations de l’Accord d’Association, refusé en fin de compte en octobre 2009 par la Syrie, notamment à cause de la clause de non-prolifération.

Dans sa résolution du 13 septembre 2012, le PE condamne l’intention affichée par le régime syrien d’utiliser des armes chimiques et rappelle au gouvernement syrien ses obligations découlant du protocole de Genève en ce qui concerne l’interdiction de leur utilisation.

Lire le briefing en PDF>>

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